L'arthrose évoluée du poignet, ses causes (séquelles d'entorse ou de fracture) et ses symptômes, sont décrites dans une page dédiée. Cette page traite d'une solution chirurgicale précise, encore mal connue : l'implant pyrocarbone du capitatum. Elle explique ce qu'il fait, à qui il s'adresse, et pourquoi son intérêt tient en une idée — soulager sans bloquer.
D'où vient cette arthrose, et pourquoi elle est particulière
L'arthrose du poignet est rarement « spontanée ». Elle fait le plus souvent suite à un ancien traumatisme mal cicatrisé :
Une entorse grave (SLAC)
Une entorse ayant rompu le ligament entre deux os clés (scaphoïde et lunatum), qui désorganise le poignet et l'use progressivement — une évolution connue sous le nom de SLAC.
Une fracture du scaphoïde non consolidée (SNAC)
Une pseudarthrose du scaphoïde, qui aboutit à une usure comparable — le SNAC.
Une nécrose d'un os du carpe (maladie de Kienböck)
Autre porte d'entrée vers l'arthrose du poignet.
La chondrocalcinose du poignet (SCAC)
Usure comparable, mais atteinte de plusieurs compartiments du poignet, et à un âge différent (plus de 55 ans). C'est le SCAC.
Ces situations ont un point commun : l'usure se concentre d'abord sur la rangée haute des petits os du poignet, tandis que l'os central, le capitatum, est souvent encore utilisable — d'où la logique du traitement.
Le geste de base : retirer la rangée usée
La chirurgie de référence dans ces arthroses est la résection de la première rangée des os du carpe. On retire les trois petits os de la rangée haute du poignet — ceux qui sont le plus abîmés. Le poignet se réorganise alors autour du capitatum, l'os central de la seconde rangée, qui vient s'articuler directement dans la cavité de l'os de l'avant-bras (le radius). L'intérêt majeur de ce geste : il supprime les surfaces usées tout en conservant un poignet mobile, contrairement au blocage.
Une limite à ce geste. Pour que le résultat dure, il faut que la tête du capitatum, désormais en appui, ait un cartilage de bonne qualité. Si ce cartilage est déjà abîmé, l'appui direct os contre os peut redevenir douloureux avec le temps — ce qui, autrefois, écartait certains patients de cette solution. C'est précisément cette limite que l'implant pyrocarbone vient lever.
L'apport de l'implant pyrocarbone
Pourquoi le pyrocarbone
Un matériau proche de l'os. Le pyrocarbone a une élasticité voisine de celle de l'os, ce qui lui permet de transmettre les forces sans agresser les surfaces en regard, et il est très résistant à l'usure.
Une coiffe, pas un remplacement complet. L'implant ne remplace pas toute l'articulation : il resurface la tête du capitatum, comme une petite calotte qui restaure une surface d'appui de qualité.
Le bénéfice : élargir les indications. En corrigeant le point faible de la résection (un cartilage médiocre), l'implant permet de proposer une solution conservant la mobilité à des patients qui, sinon, auraient relevé d'un blocage.
L'idée est simple et élégante : plutôt que de laisser le capitatum s'appuyer avec un cartilage imparfait, on le coiffe d'un petit implant qui lui donne une surface lisse, régulière et résistante.
L'idée directrice : soulager sans bloquer
Pour situer l'intérêt de cette technique, il faut la replacer face à son alternative principale — l'arthrodèse, qui bloque le poignet.
Bloquer (arthrodèse)
Fusionner le poignet supprime la douleur de façon très fiable, mais au prix du mouvement : le poignet ne bouge plus. C'est une excellente solution quand la mobilité n'est plus récupérable ou pas prioritaire.
Conserver le mouvement (résection ± implant)
La résection, prolongée si besoin par l'implant pyrocarbone, vise à soulager tout en gardant un poignet qui bouge — un compromis précieux pour les patients actifs ou dont le métier exige de la mobilité.
Aucune n'est « la » bonne dans l'absolu : le choix dépend de la demande fonctionnelle, de l'âge, du métier et de l'état des surfaces.
Ce que l'on peut en attendre — et les réserves
Les séries publiées rapportent des résultats favorables, à présenter comme des tendances, pas des garanties :
Un bon soulagement de la douleur et une amélioration de la force de préhension et de la mobilité par rapport à l'état préopératoire.
Une reprise du travail possible pour une majorité de patients actifs, souvent en quelques mois.
Un objectif réaliste : améliorer nettement, pas rendre un poignet normal.
C'est une technique de recours, spécialisée et sélective, pas un traitement de première intention : elle s'adresse à des arthroses évoluées, après échec des traitements conservateurs.
Le niveau de preuve reste modéré : les données proviennent de séries, sans grand essai comparatif à très long terme. L'implant est une option intéressante, dont le recul continue de se constituer.
Comme tout implant, il comporte des risques propres (déplacement, nécessité d'une reprise) et n'est pas indiqué dans toutes les configurations d'usure.
Après l'opération
Les délais de récupération sont de 12 à 18 mois, comme toute chirurgie du carpe.
Une attelle est posée pendant 3 à 6 semaines, en fonction de l'état des ligaments du poignet.
La rééducation est ensuite entreprise pendant au moins 12 mois.
L'implant, au fil des années, « creuse » sa logette dans le radius en face de lui.
Des douleurs persistent pendant plusieurs mois et s'estompent progressivement.
Repères de synthèse
Ces repères résument l'esprit de la technique : soulager un poignet usé sans le bloquer, quand les conditions s'y prêtent.
Questions fréquentes
Glossaire
Os central du poignet (2e rangée) ; devient l'appui principal après résection de la rangée haute.
Ablation des trois os usés de la rangée haute du poignet, conservant la mobilité.
Petite coiffe en pyrocarbone posée sur le capitatum pour lui offrir une surface d'appui lisse.
Biomatériau d'élasticité proche de l'os, résistant à l'usure, utilisé pour les implants de la main.
Usure du poignet consécutive à une entorse scapho-lunaire (SLAC) ou à une fracture du scaphoïde non consolidée (SNAC).
Blocage chirurgical du poignet : très fiable sur la douleur, mais sans mobilité.
Références
Éléments fondant les faits présentés.
Pyrocarbon capitate resurfacing implant combined with proximal row carpectomy for advanced wrist osteoarthritis. Orthop Traumatol Surg Res, 2025 — la résection de première rangée associée au RCPI élargit les indications de la résection ; résultats favorables sur douleur, force et mobilité ; reprise du travail chez la majorité des actifs.
The use of resurfacing capitate pyrocarbon implants (RCPI) in chronic diseases of the wrist: outcomes of more than 100 cases. Musculoskeletal Surgery, 2023 — série de 112 patients, recul moyen 6,6 ans : baisse marquée de la douleur, gain de force et d'amplitude.
Resurfacing capitate pyrocarbon implant as salvage procedure in carpal injuries — implant conçu pour accompagner la résection dans les arthroses SLAC/SNAC et la maladie de Kienböck ; matériau pyrocarbone.
Comparaison résection de première rangée + RCPI versus interposition capsulaire selon Eaton. Orthop Traumatol Surg Res, 2024 — comparaison des stratégies conservant la mobilité (auteurs tiers).
Proximal row carpectomy versus four-corner fusion — les stratégies conservant du mouvement sont une alternative au blocage dans les arthroses SLAC/SNAC.
Page relue et validée par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.
Dernière mise à jour : 23 août 2026
Avertissement. Cette page a une vocation d'information sur une technique chirurgicale spécialisée. Elle ne remplace pas une consultation. Le choix entre les solutions du poignet arthrosique s'apprécie au cas par cas, selon l'usure, votre demande et vos attentes.
Auteur de cette publication
Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.
Auteur
Dr Frédéric Teboul
Chirurgien de la main et des nerfs périphériques
