Une douleur du côté du petit doigt, au bord du poignet. Elle se réveille quand vous tournez une clé, une poignée de porte, quand vous vous appuyez sur la main ou que vous forcez en rotation. Parfois un craquement, une impression d'instabilité.
Cette douleur du bord interne du poignet est fréquente, et souvent mal étiquetée. Dans une large part des cas, elle vient du ligament triangulaire. Cet article explique ce qu'il est, comment se pose le diagnostic, et pourquoi deux questions simples déterminent tout le traitement — bien plus que le type précis de la lésion.
Le ligament triangulaire, ou TFCC : l'amortisseur du bord interne
Au bord interne du poignet, du côté de l'auriculaire, l'avant-bras se termine par deux os : le radius, du côté du pouce, et l'ulna, du côté du petit doigt. Entre l'extrémité de l'ulna et les os du poignet s'interpose une structure fibro-cartilagineuse complexe, le ligament triangulaire — en anglais triangular fibrocartilage complex, d'où le sigle TFCC que vous verrez partout.
Ce n'est pas un simple ligament, mais un ensemble : un disque central, comparable à un petit ménisque, et des ligaments périphériques qui l'arriment à l'os. Il remplit deux fonctions distinctes, et cette distinction est la clé de tout l'article.
Fonction 1 — amortir
La partie centrale, le disque, encaisse et répartit les charges qui passent par le bord interne du poignet. C'est un coussin.
Fonction 2 — stabiliser
La partie périphérique, surtout à son ancrage profond sur l'ulna — la zone dite de la fovéa — tient ensemble les deux os de l'avant-bras et assure la stabilité de leur articulation, notamment lors des mouvements de rotation.
Retenez cette dualité : selon que la lésion touche le coussin ou l'ancrage stabilisateur, le problème et le traitement ne sont pas les mêmes.
Deux origines très différentes
Les lésions du ligament triangulaire se répartissent en deux grandes familles, qu'il est essentiel de distinguer car elles n'appellent pas la même réponse. Palmer 1989
Les lésions traumatiques
Elles surviennent lors d'un traumatisme précis : une chute sur la main en rotation, un mouvement forcé de torsion du poignet, parfois dans le prolongement d'une fracture du poignet. Elles touchent volontiers un sujet jeune et actif, et c'est là que la question de la stabilité se pose.
Les lésions dégénératives
Elles résultent d'une usure progressive du disque, sans traumatisme unique. Elles s'inscrivent le plus souvent dans un contexte particulier : un ulna un peu trop long par rapport au radius, qui vient buter de façon répétée contre les os du poignet et use le ligament de l'intérieur.
On parle alors de variance ulnaire positive : c'est la donnée qui fait basculer la stratégie, comme on le verra plus loin.
Les symptômes
Le maître-symptôme est une douleur du bord interne du poignet, du côté du petit doigt, déclenchée ou aggravée par :
Les mouvements de rotation de l'avant-bras — tourner une clé, une poignée, un tournevis, dévisser un bouchon.
L’appui sur la main, paume posée, poignet en charge — se lever d’une chaise, faire une pompe.
L'inclinaison du poignet vers le petit doigt, surtout en force.
S'y ajoutent parfois un craquement ou un ressaut lors des rotations, une perte de force de préhension, et une sensation d'instabilité — l'impression que « quelque chose bouge » au bord du poignet. Ce dernier signe est important : il oriente vers une atteinte de la partie stabilisatrice.
Le diagnostic
L'examen clinique cherche à reproduire la douleur par des manœuvres précises et, surtout, à répondre à la première des deux questions décisives : le poignet est-il stable ?
Une manœuvre en particulier — la recherche d'une mobilité anormale de l'extrémité de l'ulna, en la pinçant entre deux doigts — teste cette stabilité. Une extrémité d'ulna anormalement mobile signe une atteinte de l'ancrage profond, celui de la fovéa. C'est un point que l'imagerie seule ne montre pas toujours, d'où l'importance de l'examen.
L'imagerie
Elle ne montre pas le ligament, mais elle répond à la seconde question décisive : l'ulna est-il trop long ? Elle mesure la variance ulnaire, souvent sur un cliché en position spécifique.
Éventuellement avec injection intra-articulaire de produit de contraste (arthro-IRM), elle visualise le ligament et localise la déchirure.
L'exploration du poignet par une caméra miniature reste l'examen le plus fiable : elle voit directement la lésion, teste la solidité de l'ancrage, et permet de traiter dans le même temps.
Les deux questions qui commandent le traitement
On lit souvent des classifications complexes, avec des types et des sous-types. Elles sont utiles au chirurgien pour décrire précisément une lésion, mais pour comprendre votre situation, tout se ramène à deux questions.
Ces deux questions sont indépendantes : un poignet peut être instable sans ulna long, avoir un ulna long sans instabilité, présenter les deux, ou aucun des deux. C'est leur combinaison qui dessine le traitement — pas le nom savant de la lésion.
Le traitement, question par question
D'abord, sans opération
Beaucoup de lésions, surtout récentes et sans instabilité, s'améliorent sans chirurgie. La prise en charge initiale associe le plus souvent :
Le repos et l'adaptation des gestes, en évitant les rotations forcées et les appuis douloureux.
Une immobilisation par attelle ou manchette, pour mettre le poignet et la rotation de l'avant-bras au repos.
Les anti-inflammatoires, sur une durée limitée.
Une infiltration de corticoïdes dans l'articulation, qui peut soulager.
La rééducation, une fois la douleur calmée, pour restaurer la force et le contrôle du poignet.
Ce traitement non chirurgical est souvent tenté en premier, en particulier lorsque le poignet est stable. Sa durée et sa place se discutent selon le contexte.
Si le disque est usé mais le poignet stable : nettoyer
Pour une déchirure centrale, du coussin, sans instabilité, le geste de référence est le parage arthroscopique : on régularise la déchirure par la caméra, en retirant la partie abîmée qui accroche, sans réparer — car cette zone centrale, mal vascularisée, cicatrise mal de toute façon.
Une nuance d'honnêteté que peu de sites donnent
Le parage soulage bien et permet une reprise rapide — dans une revue, environ neuf patients sur dix reprenaient le travail. Mais il ne rend pas tout le monde indolore : dans la même revue, un peu moins de la moitié étaient complètement sans douleur. C'est un bon geste, pas une garantie.
Et surtout : si l'ulna est trop long, le nettoyage seul échoue souvent — jusqu'à un quart à un tiers des cas — parce qu'on n'a pas traité la cause. Il faut alors raccourcir l'ulna.
Si le poignet est instable : réparer l'ancrage
Quand c'est l'ancrage profond, sur la fovéa, qui est rompu — donc quand le poignet est instable — le nettoyage ne suffit pas : il faut réinsérer le ligament sur l'os. Cette zone périphérique, elle, est bien vascularisée et cicatrise bien.
La réparation peut se faire sous arthroscopie ou à ciel ouvert ; les études ne montrent pas de supériorité nette d'une voie sur l'autre en matière de douleur, de fonction et de mobilité. Un chiffre pour situer les attentes : après réinsertion, une large majorité de patients — de l'ordre de huit sur dix — rapportent une amélioration cliniquement pertinente à cinq ans. Suivi à 5 ans
Si l'ulna est trop long : le raccourcir
C'est le geste qui traite la cause des lésions dégénératives. En raccourcissant l'ulna de quelques millimètres — une ostéotomie de raccourcissement —, on décharge le bord interne du poignet et on tend le ligament. Une variante consiste à ne retirer qu'une fine tranche de l'extrémité de l'ulna.
C'est une intervention efficace sur la douleur, mais plus lourde : elle implique une consolidation osseuse, et les études rapportent un taux de complications et de reprises non négligeable, notamment le retrait ultérieur du matériel. C'est une décision qui se pèse.
Le tableau d'ensemble
Ce tableau redit l'essentiel : on ne traite pas un nom de lésion, on traite une stabilité et une longueur d'os. Deux questions, dont les réponses se combinent.
La récupération
Les cas seront développés dans notre centre de connaissances. Veuillez vous y référer.
Questions fréquentes
Glossaire
Ensemble fibro-cartilagineux du bord interne du poignet, à la fois amortisseur et stabilisateur.
Os de l'avant-bras du côté du petit doigt ; sa longueur relative conditionne l'usure du ligament.
Différence de longueur entre l'ulna et le radius. Positive quand l'ulna dépasse, elle favorise l'usure.
Zone d'ancrage profond du ligament sur l'ulna ; son atteinte rend le poignet instable.
Régularisation arthroscopique d’une déchirure du disque, sans réparation.
Intervention qui raccourcit l'ulna de quelques millimètres pour décharger le bord interne du poignet.
Sources
Palmer AK. Triangular fibrocartilage complex lesions: a classification. J Hand Surg Am. 1989;14(4):594-606 — distinction des lésions traumatiques (type I) et dégénératives (type II)
Sachar K, et al. Systematic Review and Analysis of Palmer Type I TFCC Injuries: Outcomes of Treatment. PMC7410809 — après parage, 92 % de reprise du travail mais 44 % seulement sans douleur ; les lésions périphériques cicatrisent mieux grâce à leur vascularisation
Ulnar impaction syndrome et ulnar shortening osteotomy. PMC4078135 et PMC11894095 — variance ulnaire positive, échec fréquent du parage isolé, bons résultats subjectifs de l'ostéotomie mais taux de complications et de reprises non négligeable
Ulnar shortening for TFCC tears associated with ulnar positive variance. J Hand Surg — le parage isolé peut échouer dans 25 à 30 % des cas en cas de variance ulnaire positive
Biomechanical Outcomes of Surgically Repaired TFCC Palmer Type 1B Tears. PMC10617480 — arthroscopie et voie ouverte comparables sur douleur, fonction, mobilité ; à 5 ans, 83 % des réinsertions ouvertes rapportent une amélioration cliniquement pertinente
Atzei A, Luchetti R. Foveal TFCC tear classification and treatment. 2011 — importance de l’intégrité fovéale, non identifiable par la seule classification de Palmer
Rehabilitation following arthroscopic repair of peripheral TFCC tears: scoping review. PMC12274733 — récupération moyenne de 85 % de la force, 87 % de retour aux activités antérieures
Épidémiologie des lésions du TFCC et proportion parmi les douleurs du bord ulnaire
Manœuvres cliniques de stabilité (fovea sign, ballottement radio-ulnaire) et valeur diagnostique
Relu et validé par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.
Dernière mise à jour : 20 août 2026
Avertissement. Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation médicale. Une douleur du bord interne du poignet qui persiste mérite un avis spécialisé.
Auteur de cette publication
Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.
Auteur
Dr Frédéric Teboul
Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
