Aller au contenu principal
Dr Frédéric TEBOUL
Pathologie · Compression nerveuse

Atteinte du nerf ulnaire à la loge de Guyon et en aval

Le même nerf que le tunnel cubital, mais comprimé plus bas — et un détail qui permet de les distinguer

Dr Frédéric Teboul Proposé par Dr Frédéric Teboul Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
Compression du nerf ulnaire au poignet dans la loge de Guyon : anatomie, territoire sensitif, signes moteurs, causes et traitements — Dr Frédéric Teboul, chirurgien spécialiste de la main et des nerfs à Paris
Anatomie de la loge de Guyon, territoire sensitif du nerf ulnaire, signes moteurs et causes de compression · Illustration : cabinet du Dr Frédéric Teboul

Des fourmillements dans l'auriculaire et le bord de la main, inconstants, une main qui perd de la force, parfois après de longues sorties à vélo ou un appui répété sur le talon de la paume. On vous parle du « canal de Guyon », un nom peu connu du grand public, mais inadapté : c'est une zone de passage sans compression, et non pas un canal. En revanche, la branche motrice peut être comprimée de manière sélective sur une arcade, après la loge de Guyon.

C'est une compression du nerf ulnaire — le même que celui responsable du tunnel cubital au coude — mais située cette fois au poignet. Cet article explique ce qui la caractérise, comment on la distingue de ses deux cousines bien plus fréquentes, et pourquoi, ici, chercher une cause locale est particulièrement important.

Le nerf ulnaire, du coude au poignet

Le nerf ulnaire est l'un des trois grands nerfs de la main. Depuis le coude, il descend le long de l'avant-bras jusqu'au poignet, qu'il traverse par un petit passage situé sur le bord externe, du côté de l'auriculaire : la loge de Guyon. La branche motrice du nerf ulnaire peut se trouver comprimée en aval de la loge de Guyon — l'appellation de « canal » est une erreur sémantique qui perdure depuis des décennies.

Ce nerf est déjà connu de ce site pour une autre raison : sa compression bien plus fréquente au coude, le syndrome du tunnel cubital. La loge de Guyon en est, en quelque sorte, la version basse — bien moins fréquente, mais avec ses règles propres.

Une particularité qui explique la diversité des tableaux. Juste avant ou dans la loge, le nerf ulnaire se divise en deux branches : une branche surtout sensitive (pour la sensibilité de l'auriculaire et du bord de la main) et une branche surtout motrice (pour de nombreux petits muscles de la main). Quand le nerf est comprimé, on observe surtout une faiblesse et une paralysie des petits muscles de la main, car la compression siège en aval de la loge, sur une arcade.

Les symptômes

Une perte de force de la main, une difficulté à écarter et rapprocher les doigts, une pince pouce-index moins ferme.

Dans les formes avancées, une fonte musculaire du bord de la main et un début de griffe des deux derniers doigts.

Le signe qui fait la différence avec le coude

C'est le premier point fort de l'article, et un vrai repère diagnostique. Puisque le nerf ulnaire peut être comprimé au coude comme au poignet, comment savoir où ? Un signe simple oriente fortement.

Le dos de la main : épargné au poignet, touché au coude

Dans le syndrome de la loge de Guyon, le dos de la main, du côté de l'auriculaire, garde une sensibilité normale. Les fourmillements se limitent à la face paume.

La raison est anatomique et élégante : la petite branche qui donne la sensibilité au dos de la main se détache du nerf plusieurs centimètres avant la loge de Guyon. Elle échappe donc à une compression située dans la loge. En revanche, une compression au coude, plus haute, touche aussi cette branche — et donc le dos de la main.

En pratique : fourmillements limités à la paume → plutôt le poignet ; fourmillements englobant le dos de la main → plutôt le coude. Un repère simple, que l'examen vérifie.

Les causes : ici, il faut souvent chercher

C'est le second point fort, et ce qui distingue le plus la loge de Guyon des autres compressions nerveuses. Au canal carpien ou au tunnel cubital, la compression est le plus souvent « idiopathique » — sans cause locale identifiable. En aval de la loge de Guyon, au contraire, une cause précise est fréquemment retrouvée, et il faut la chercher activement.

L'appui prolongé et répété sur le talon de la paume

Le cas emblématique est le cycliste longue distance, dont la main comprime le guidon — d'où le nom imagé de « paralysie du guidon » (handlebar palsy). L'usage de béquilles, d'outils vibrants ou d'appuis professionnels agit de même.

Un kyste synovial dans la loge

C'est l'une des causes locales les plus fréquentes, et elle se traite en retirant le kyste.

Une fracture ou une séquelle de fracture

En particulier le crochet d'un os appelé l'hamatum, qui borde la loge.

Cette fréquence des causes locales change la démarche : à la loge de Guyon, l'imagerie n'est pas un luxe, elle est souvent nécessaire pour ne pas passer à côté d'un kyste ou d'une fracture qu'il faudra traiter. Voir l'article boules et kystes des doigts.

Le diagnostic

Examen clinique

Il situe les fourmillements (paume seule ou dos aussi), teste la force des petits muscles de la main et cherche une masse ou un point d'appui sur le bord de la paume. C'est lui qui oriente d'abord.

Électromyogramme

Il confirme l'atteinte du nerf, la localise au poignet et en apprécie la sévérité.

Imagerie

Échographie et IRM sont ici particulièrement utiles pour rechercher un kyste, une anomalie osseuse ou une autre cause locale. C'est ce qui distingue ce bilan de celui des autres compressions.

Le traitement

Sans chirurgie, quand la cause est un appui

Quand la compression est liée à une surcharge mécanique — le vélo, un appui répété — le traitement de première intention est de supprimer cet appui, et il est souvent efficace :

Éviter l'appui sur le talon de la paume, adapter le geste ou le poste de travail.

Modifier la pratique sportive : pour le cycliste, changer la position des mains, revoir le réglage du guidon, porter des gants matelassés, varier les prises.

Une attelle de poignet peut aider à réduire la pression, et le repos relatif laisse le nerf récupérer.

Dans ces formes mécaniques prises tôt, les fourmillements régressent souvent rapidement une fois la cause supprimée.

La chirurgie, quand il y a une cause locale ou un échec

La chirurgie est indiquée quand il existe une cause structurelle à retirer — un kyste, une séquelle de fracture — ou quand le traitement conservateur échoue avec un déficit persistant. Elle consiste à libérer le nerf ulnaire de proximal en distal, y compris la branche motrice coincée entre un petit kyste et l'arcade fibreuse des intrinsèques, et à retirer la cause de la compression lorsqu'elle existe.

Pourquoi ne pas trop attendre quand la main faiblit

Un principe partagé par toutes les compressions nerveuses vaut ici aussi : les fourmillements récupèrent bien, mais la force revient plus lentement et de façon moins complète si la faiblesse est ancienne.

Quand une fonte musculaire ou une perte de force s'installe, il ne faut pas trop tarder : plus l'atteinte motrice est ancienne, plus le risque de séquelle augmente. Les fourmillements seuls autorisent plus de patience.

Le tableau d'ensemble

Situation
Ce qui domine
Conduite habituelle
Fourmillements liés à un appui (vélo, outil)
Cause mécanique
Supprimer l'appui, adapter ; souvent suffisant
Kyste ou anomalie osseuse dans la loge
Cause locale à retirer
Chirurgie : libération et ablation de la cause
Faiblesse ou fonte musculaire de la main
Atteinte motrice installée
Ne pas trop attendre ; libération
Doute entre poignet et coude
Localisation à préciser
Examen (dos de la main) + électromyogramme

Ce tableau résume l'article : au poignet, chercher la cause locale et surveiller la force de la main sont les deux priorités.

La récupération

Cette question est trop spécifique et doit être traitée au cas par cas : consultez notre centre de connaissances pour découvrir des cas contextualisés.

Questions fréquentes

Non. Le canal carpien concerne un autre nerf, le nerf médian, et touche le pouce, l'index et le majeur, du côté opposé de la main.

Un signe simple oriente : si les fourmillements touchent aussi le dos de la main, c'est plutôt le coude ; s'ils se limitent à la paume, c'est plutôt le poignet. L'examen et, au besoin, un électromyogramme confirment la localisation.

C'est possible et fréquent. La pression prolongée de la paume sur le guidon peut comprimer le nerf à la loge de Guyon — on parle de « paralysie du guidon ». Changer la position des mains, régler le guidon et porter des gants matelassés aide souvent, et les symptômes régressent en supprimant l'appui.

Ici, souvent oui, plus que pour d'autres compressions. À la loge de Guyon, une cause locale — un kyste, une séquelle de fracture — est fréquemment en jeu, et une échographie ou une IRM permet de ne pas passer à côté d'une cause qu'il faudra traiter.

Pas toujours. Les formes liées à un appui régressent souvent en supprimant la cause. La chirurgie est indiquée s'il existe une cause locale à retirer, comme un kyste, ou si les symptômes persistent avec une faiblesse. Elle consiste à libérer le nerf dans la loge et en aval.

C'est le signe qu'il ne faut pas trop attendre. Les fourmillements récupèrent bien, mais la force revient plus lentement et parfois de façon incomplète si la faiblesse est ancienne. Une perte de force ou une fonte musculaire justifie une évaluation sans tarder.

Si la cause était un appui et qu'il reprend, les symptômes peuvent réapparaître. C'est pourquoi la prévention — adapter le matériel, éviter les appuis prolongés — fait partie du traitement, en particulier chez le cycliste.

Un chirurgien de la main ou spécialiste des nerfs périphériques, qui saura localiser la compression et en chercher la cause. Le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie, prend en charge cette pathologie.

Glossaire

Loge de Guyon

Petit passage du poignet, du côté de l'auriculaire, où chemine le nerf ulnaire et où il peut être comprimé.

Nerf ulnaire

L'un des trois grands nerfs de la main ; commande la sensibilité de l'auriculaire et de nombreux petits muscles.

Tunnel cubital

Compression du même nerf ulnaire, mais au coude — la forme la plus fréquente.

Paralysie du guidon (handlebar palsy)

Compression à la loge de Guyon par appui prolongé de la paume, typique du cycliste.

Hamatum

Petit os du poignet bordant la loge de Guyon ; sa fracture peut comprimer le nerf.

Kyste synovial

Petite poche de liquide qui peut se former près d'une articulation et comprimer le nerf dans la loge.

Sources

01

Guyon Canal Syndrome. StatPearls. 2023 — compression rare du nerf ulnaire distal ; tableau moteur, sensitif ou mixte selon la zone ; la distinction avec le tunnel cubital repose sur l'épargne du dos de la main

02

Guyon's Canal Syndrome (revues 2025) — la branche cutanée dorsale du nerf ulnaire naît 5 à 8 cm avant la loge, ce qui explique que le dos de la main reste normal en cas de compression dans la loge

03

Guyon Canal Syndrome. Physiopedia — handlebar palsy chez le cycliste par pression du guidon ; classification en trois zones (motrice, mixte, sensitive) selon le site de compression

04

Anatomy, Hand, Guyon Canal. StatPearls — les kystes synoviaux représentent environ 30 à 45 % des causes de syndrome de la loge de Guyon

05

Ulnar Nerve Compression in Guyon's Canal by Ganglion Cyst. 2021 — un kyste peut comprimer aigument le nerf ; décompression précoce avec ablation recommandée pour une récupération complète

06

Guyon canal etiologies — fracture du crochet de l'hamatum, séquelles de fracture du carpe, lipome, anévrisme de l'artère ulnaire parmi les causes structurales à rechercher

07

Résultats à long terme de la libération à la loge de Guyon selon la cause

08

Prévention de la handlebar palsy chez le cycliste (matériel, ergonomie)

Dr Frédéric Teboul

Relu et validé par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie.

Dernière mise à jour : 20 août 2026

Page enrichie, relue et validée par le Dr Frédéric Teboul

Avertissement. Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation médicale. Une perte de force ou une fonte musculaire de la main justifie un avis spécialisé sans tarder.

Auteur de cette publication

Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.

Dr Frédéric Teboul Auteur Dr Frédéric Teboul Chirurgien de la main — spécialiste du plexus brachial et des nerfs périphériques
Rédigé le : 20 août 2026 Relu par : Dr Frédéric Teboul Prochaine révision : annuelle Notre comité de rédaction
Prendre rendez-vous Poser une question au Dr Teboul

Sur le même sujet

Dr Frédéric Teboul Une main qui perd de la force ? Un avis sans tarder ? Dr Frédéric Teboul · chirurgien des nerfs périphériques · 92 bd de Courcelles, Paris 17e Prendre rendez-vous Poser une question