La page consacrée au plexus brachial expose ce qu'est cette pathologie, ses causes et son bilan. La présente page va plus loin : elle décrit comment on reconstruit un plexus lésé, quelle logique guide les choix chirurgicaux, et pourquoi cette chirurgie constitue une surspécialité à part entière.
Un changement de paradigme : de la greffe au transfert
Pendant longtemps, reconstruire un plexus signifiait surtout greffer — combler la perte de substance entre deux extrémités nerveuses avec des fragments de nerf prélevés ailleurs, depuis la racine lésée jusqu'à sa cible. Cette approche « proximale » reste utile, mais elle a une limite : la distance à parcourir est longue, la repousse lente, et le muscle-cible peut se dégrader avant que les fibres ne l'atteignent.
Le tournant des dernières décennies : la neurotisation distale sélective
Plutôt que de reconstruire le nerf depuis son origine, on branche un nerf donneur fonctionnel, proche de la cible, directement sur le nerf à réanimer. Une revue de synthèse 2026 décrit cette évolution « de la reconstruction proximale vers les stratégies de neurotisation distale sélective ».
L'avantage est double : la repousse est plus courte, donc plus rapide, et l'on cible précisément la fonction à restaurer. C'est ce déplacement qui a transformé le pronostic de ces lésions.
La logique de priorisation : réanimer d'abord ce qui compte le plus
Le principe qui gouverne toute la stratégie est qu'on ne peut pas tout restaurer, et qu'il faut donc hiérarchiser. Les ressources nerveuses disponibles — les nerfs donneurs — sont limitées ; on les affecte par priorité aux fonctions dont dépend le plus l'autonomie.
La flexion du coude en premier : sans elle, la main ne peut être amenée à la bouche ni au corps. C'est la cible prioritaire de la plupart des reconstructions.
La stabilité et l'abduction-rotation de l'épaule, pour orienter le membre dans l'espace.
La sensibilité protectrice de la main, pour éviter les blessures répétées.
La commande de la main enfin, la plus difficile à restaurer et souvent la plus incomplète.
Le transfert nerveux — ou neurotisation — consiste à sacrifier une fonction nerveuse accessoire pour en restaurer une essentielle. On prélève un nerf donneur dont la perte est bien tolérée, et on le branche sur le nerf paralysé, à proximité du muscle-cible. Le cerveau réapprend ensuite à commander la nouvelle fonction. Plusieurs transferts sont devenus des références.
Pour la flexion du coude
L'un des transferts les plus emblématiques consiste à prélever quelques fascicules du nerf ulnaire — sans compromettre la fonction de la main — pour les brancher sur le nerf du muscle biceps, restaurant la flexion du coude. Le Dr Teboul est co-auteur de plusieurs des travaux fondateurs décrivant cette technique au sein de l'école qui l'a développée.
Teboul F et al. « Transfer of some fascicles from the ulnar nerve to the nerve to the biceps muscle. » Techniques in Hand and Upper Extremity Surgery, 2002 ; et Teboul F et al. « Transfer of fascicles from the ulnar nerve to the nerve to the biceps in the treatment of upper brachial plexus palsy. » Journal of Bone and Joint Surgery Am, 2004.
L'ancienneté de ces publications, parmi les premières concernant les transferts nerveux, signe la participation active du Dr Teboul au développement de la chirurgie nerveuse et du plexus brachial.
En cas de paralysie complète du plexus brachial avec avulsion de toutes les racines, il reste deux possibilités en microchirurgie nerveuse : le transfert des nerfs intercostaux sur le contingent moteur du nerf musculo-cutané, pour rétablir la flexion du coude en réinnervant le biceps et le muscle brachial antérieur ; ou, en dernier recours si les nerfs intercostaux sont contre-indiqués, une greffe entre la branche externe du nerf spinal et le contingent moteur du nerf musculo-cutané. Enfin, il est possible de réaliser un transfert libre neuro-vasculaire musculaire : prélever un muscle à la cuisse avec son nerf et ses vaisseaux, et le greffer au bras en réalisant les anastomoses nerveuse et vasculaires, afin de créer un nouveau muscle pour réanimer la flexion du coude en priorité.
Pour l'épaule : une technique décrite par l'équipe du Dr Teboul
La réanimation de l'épaule — en particulier la rotation externe, indispensable pour orienter le bras — est un défi reconnu. Les donneurs habituels (nerf spinal accessoire, racine partielle) ne sont pas toujours disponibles ou suffisants.
Une contribution originale à la discipline
Le Dr Teboul et l'un de ses collègues ont décrit et développé le transfert du nerf du muscle rhomboïde (branche du nerf scapulaire dorsal) vers le nerf suprascapulaire, réalisé par voie postérieure au plus près du muscle sus-épineux — ce qui raccourcit le trajet de réinnervation.
Étude anatomique de faisabilité : Chirurgie de la Main, 2015. Premier rapport clinique : Goubier JN, Teboul F. Hand Surgery & Rehabilitation, 2016. Résultats sur la rotation externe de l'épaule : Injury, 2020.
Cette technique, aujourd'hui citée dans les revues internationales de référence sur le plexus, illustre une pratique qui ne se contente pas d'appliquer les procédés existants mais contribue à en créer de nouveaux. Cependant, du fait des variations anatomiques, ce transfert nerveux difficilement reproductible est peu réalisé. Il peut être utile dans quelques cas très particuliers.
Pour les racines arrachées : les donneurs extra-plexuels
Quand plusieurs racines sont arrachées de la moelle, les donneurs situés dans le plexus manquent. On recourt alors à des donneurs extérieurs au plexus — nerf spinal accessoire, nerfs intercostaux, parfois une partie contrôlée d'une autre racine — pour réinjecter de la commande dans le membre. Le choix et la combinaison de ces donneurs relèvent d'une planification fine, propre à chaque patient.
Le facteur temps, contrainte structurante de la stratégie
Toute cette stratégie est soumise à une contrainte biologique incontournable : le muscle privé de nerf se dégrade avec le temps. Passé un délai, même un transfert techniquement réussi ne retrouve plus de muscle capable de répondre.
C'est ce qui fait de la chirurgie du plexus une chirurgie du bon moment autant que du bon geste. La fenêtre utile de réinnervation se compte en mois, et la planification — bilan clinique, imagerie, électromyogramme, décision — doit s'inscrire dans ce délai. Les méta-analyses sur la restauration de la flexion du coude soulignent l'effet défavorable du délai chirurgical sur les résultats. L'orientation précoce vers un centre spécialisé n'est donc pas un confort : elle conditionne le résultat.
La reconstruction secondaire : quand le nerf ne suffit plus
Lorsque le délai est dépassé, ou en complément d'une reconstruction nerveuse, on recourt à des techniques palliatives qui ne passent plus par le nerf : les transferts tendineux et musculaires, qui redirigent un muscle sain pour assurer une fonction perdue, et parfois les arthrodèses stabilisatrices. Ces techniques élargissent l'éventail des solutions au-delà de la seule fenêtre nerveuse, et font partie intégrante de l'arsenal du chirurgien du plexus.
Une prise en charge d'équipe et de durée
La chirurgie ne représente qu'un temps d'un parcours long. La rééducation spécialisée accompagne la réinnervation sur de nombreux mois, la rééducation de la commande aide le cerveau à s'approprier les nouvelles fonctions transférées, et la prise en charge de la douleur neuropathique est intégrée d'emblée. La qualité du résultat tient autant à cette continuité qu'au geste chirurgical lui-même.
Repères de synthèse
Ces repères résument la logique de l'expertise : le bon transfert, pour la bonne fonction, au bon moment.
Questions fréquentes
Glossaire
Branchement d'un nerf donneur fonctionnel sur un nerf paralysé, près du muscle-cible.
Nerf de la coiffe postérieure ; sa réanimation restaure une partie de la fonction d'épaule.
Branche du nerf scapulaire dorsal, utilisable comme donneur pour le nerf suprascapulaire.
Nerf situé hors du plexus (spinal accessoire, intercostaux) utilisé quand les donneurs locaux manquent.
Transferts tendineux ou musculaires réalisés quand la fenêtre de réparation nerveuse est dépassée.
Références scientifiques
Sélection de travaux fondant l'expertise présentée. Les publications signées par le Dr Teboul sont indiquées en gras.
Teboul F et al. Transfer of the rhomboid nerve to the suprascapular nerve: an anatomical feasibility study. Chirurgie de la Main, 2015.
Teboul F et al. Rhomboid nerve transfer to the suprascapular nerve for shoulder reanimation in brachial plexus palsy: a clinical report. Hand Surgery & Rehabilitation, 2016.
Teboul F et al. Transfer of the rhomboid nerve for restoration of shoulder external rotation in partial brachial plexus palsy. Injury, 2020.
Teboul F et al. Transfer of some fascicles from the ulnar nerve to the nerve to the biceps muscle. Techniques in Hand and Upper Extremity Surgery, 2002.
Teboul F et al. Transfer of fascicles from the ulnar nerve to the nerve to the biceps in the treatment of upper brachial plexus palsy. Journal of Bone and Joint Surgery (Am), 2004.
Motor Nerve Transfers in Complete and Incomplete Brachial Plexus Injuries: A State-of-the-Art Review. Neurology International, 2026 — revue de synthèse citant la technique de transfert du nerf du rhomboïde.
The Effectiveness of Different Nerve Transfers in the Restoration of Elbow Flexion in Adults Following Brachial Plexus Injury: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Hand Surgery, 2023 — effet du délai chirurgical sur les résultats.
Page relue et validée par le Dr Frédéric Teboul, chirurgien de la main, du plexus brachial et des nerfs périphériques, membre de l'Académie Nationale de Chirurgie, co-fondateur de l'Institut de chirurgie du plexus brachial et des nerfs périphériques (Paris).
Dernière mise à jour : 20 août 2026
Avertissement. Cette page a une vocation d'information sur une pratique spécialisée. Elle ne remplace pas une consultation. Une paralysie du membre supérieur après traumatisme justifie une orientation spécialisée précoce.
Auteur de cette publication
Chaque contenu est signé par son auteur et relu avant publication.
Auteur
Dr Frédéric Teboul
Chirurgien du plexus brachial et des nerfs périphériques
